L’Allemagne et l’Italie ont demandé le rapatriement de 245 milliards de dollars d’or

Publié le 23 juin 2025, modifié le 24 juin 2025 par Joel Masson

L’Allemagne et l’Italie envisagent de rapatrier une partie de leurs réserves d’or stockées aux États-Unis, notamment dans les coffres de la Réserve fédérale à New York. Une initiative motivée par des préoccupations politiques croissantes, une instabilité géopolitique persistante et des doutes sur l’indépendance de la Fed.

L’Allemagne et l’Italie ont demandé le rapatriement de 245 milliards de dollars d’or

Des figures politiques de tous bords, en Allemagne comme en Italie, soutiennent cette démarche qui touche à la souveraineté monétaire. Au cœur du débat : le contrôle physique de l’or en période d’incertitude mondiale.

Une défiance envers la Réserve fédérale américaine

Les tensions se sont intensifiées après plusieurs déclarations controversées de l’ancien président Donald Trump, qui s’en est pris à la banque centrale américaine en appelant à abaisser agressivement les taux d’intérêt. Pour certains responsables européens, cette pression politique nuit à la fiabilité de la Fed en tant que gardienne des avoirs étrangers.

Fabio De Masi, ancien député de Die Linke, résume l’enjeu : « Il existe des arguments solides pour ramener davantage d’or en Europe, surtout en période de turbulences. »

Deux des plus grandes réserves d’or au monde

Selon les données du World Gold Council, l’Allemagne détient 3 352 tonnes d’or, tandis que l’Italie en possède 2 452. Cela les place respectivement en deuxième et troisième position derrière les États-Unis. Une part importante de ces réserves est cependant toujours entreposée à New York, héritage de l’après-guerre et du système de Bretton Woods.

La valeur actuelle de ces lingots dépasse les 245 milliards de dollars, ce qui renforce l’importance stratégique de leur localisation.

Une crainte partagée à travers le spectre politique

La méfiance ne se limite pas aux partis de gauche. Peter Gauweiler, ancien député conservateur allemand, estime que « la Bundesbank ne doit pas prendre de raccourcis » dans la protection des avoirs nationaux. Il appelle à une reprise du contrôle physique sur ces réserves, jugé indispensable en cas de crise majeure.

L’Association des contribuables d’Europe a également pris position, dénonçant les « interférences de Trump dans l’indépendance de la Fed ». Son président, Michael Jäger, plaide pour une réévaluation urgente du stockage étranger : « Notre recommandation est simple : ramenez l’or allemand et italien à la maison. »

L’or, un enjeu de souveraineté nationale

En Italie, Enrico Grazzini alertait dans Il Fatto Quotidiano avant la visite de Giorgia Meloni à Washington : « Laisser 43% des réserves d’or italiennes sous la garde d’une administration peu fiable est dangereux pour nos intérêts. »

La France avait anticipé ce débat dès les années 60, lorsque le général de Gaulle, défiant l’hégémonie du dollar, fit rapatrier une partie de l’or français. Une décision emblématique de la volonté d’autonomie stratégique à une époque marquée par les déséquilibres du système monétaire international.

Des précédents concrets : le cas allemand

En Allemagne, une campagne citoyenne lancée dès 2010 pour « rapatrier notre or » avait abouti à un plan massif de relocalisation des réserves. En 2013, la Bundesbank annonçait le retour de 674 tonnes d’or, notamment depuis Paris et New York, dans une opération hautement sécurisée estimée à 7 millions d’euros.

Le député Peter Boehringer, soutien actif du mouvement, insistait à l’époque sur la notion de souveraineté physique : « Posséder cet or dans notre propre pays, ce n’est pas seulement une question légale, c’est un impératif en cas de crise grave. »

Une prudence politique persistante en Italie

Si Giorgia Meloni s’était exprimée favorablement au rapatriement lorsqu’elle était dans l’opposition, son silence depuis son arrivée au pouvoir fin 2022 est révélateur. La cheffe du gouvernement italien cherche à préserver ses relations avec Washington tout en évitant une escalade diplomatique.

La Bundesbank reste prudente mais vigilante

Interrogée sur l’évolution de sa stratégie, la Bundesbank affirme continuer d’évaluer régulièrement la localisation optimale de ses réserves. Elle insiste sur la fiabilité logistique et la liquidité que permet un stockage partiel à New York, tout en ne fermant pas la porte à de futurs ajustements.

Joel Masson
Journaliste sur Prix des Métaux 👑